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Les Cousins · journal de pisteLe spectacle de rue, tenu par écrit

Chantier VI · Métier de rue

Cachets, saisons et réseaux : l’année d’une compagnie

Une année de rue se joue à trois moments : les dossiers d’automne, les festivals d’été, l’hiver de fabrication. Entre les trois, on vit.

Bureau de compagnie en sous-sol en novembre, calendrier de saison annoté au feutre au mur, dossiers de candidature empilés entre une plante et une lampe d’atelier.

L’année d’une compagnie de rue ne suit pas l’année civile, elle suit trois moments qui se répètent : les dossiers d’automne qui décident de l’été suivant, la saison des places qui rapporte, l’hiver de fabrication qui dépense. La légende reconstitue cette année mois par mois, sans enjolivement ni misérabilisme, et s’arrête sur le point précis où une année se joue : le dossier déposé, ou pas déposé, au moment où les programmateurs arrêtent leur saison.

Le calendrier d’une année de rue

L’année économique d’une compagnie de rue, trimestre par trimestre
SaisonCe qui se joueCe que ça rapporte ou coûte
AutomneDossiers de subvention, candidatures aux festivals, convention de coproductionTemps de travail non payé, qui décide de tout le reste
HiverFabrication, résidences, écriture, répétitions en intérieurDépenses concentrées, recettes rares, trésorerie tendue
Printemps et étéSaison des places, festivals, communes, tournéesL’essentiel des cachets de l’année, en quelques semaines

Ce calendrier n’a rien d’une convenance : il suit celui des programmateurs, qui arrêtent leurs saisons longtemps à l’avance, et celui des subventions, dont les commissions se réunissent à dates fixes. Une compagnie qui prépare son dossier au printemps pour l’été suivant arrive après tout le monde, et ce n’est pas la qualité du projet qui rattrape le retard.

Cachets, minimum garanti et défraiement

Le cachet d’un artiste du spectacle vivant public n’est pas un prix libre : un minimum fixé par la convention collective du secteur sert de plancher, et les contrats d’engagement se montent au-dessus selon la durée de travail, le nombre de représentations et la qualification. Autour du cachet gravitent les cotisations sociales, les congés spectacles et le défraiement, qui n’est pas un supplément mais la couverture des dépenses réelles de la tournée.

Le temps non payé se compte aussi en lecture de milieu. Avant de programmer une date, il faut savoir ce que la rivière fait cette saison-là : débit, température, bancs de sable, boires. Sur la Loire moyenne et ses affluents tourangeaux, des archives éditoriales décrivent les espèces, du silure au black bass, et les techniques qui vont avec, du leurre souple à la mouche. Ce travail de repérage ne figure dans aucun contrat, mais il conditionne la tenue d'une série de dates rapprochées sur un même bassin.

Pour une petite forme, la différence entre une année tenable et une année dévorante se joue rarement sur le taux du cachet. Elle se joue sur le nombre de dates, sur la distance entre elles, et sur la part de temps non payé que l’année contient. Un cachet correct payé pour une date isolée à quatre cents kilomètres rapporte moins qu’un cachet identique dans une série de trois dates rapprochées, parce que la route et le montage ne sont pas comptés dans le contrat.

Comment ramener une date à son coût complet ?

La lecture honnête d’un compte de saison consiste donc à ramener chaque date à son coût complet : cachet, défraiement, transport, temps de montage et de démontage, temps administratif de la convention. Ce calcul, fait à la fin d’une saison, sert au suivant. Il montre en général que les dates les mieux payées ne sont pas celles qui ont le plus rapporté, et que les séries, même au plancher conventionnel, tiennent une année mieux que les dates d’exception. C’est aussi ce calcul qui rend visible le travail non payé, et qui permet de le réduire d’une année sur l’autre au lieu de le subir.

Les réseaux et bureaux qui font tourner

Le spectacle de rue s’organise en réseaux professionnels, plates-formes de diffusion, réunions de programmation et temps forts où les compagnies montrent des extraits. Ces structures ne donnent pas de date, elles donnent de la visibilité, et elles coûtent toutes de l’argent en adhésion et en déplacement. La légende note simplement ce qu’elles rendent possible : un programmateur qui a vu trois minutes d’une forme se souvient d’elle au moment de remplir une saison.

À côté, les bureaux d’accueil et les structures de développement accompagnent la production administrative, les dossiers et la comptabilité, que les compagnies de petite taille portent mal parce qu’elles n’ont pas de salarié permanent pour cela. Ce temps administratif est le poste le plus sous-estimé d’une année, et celui qui décide le plus silencieusement de la saison suivante.

Le dossier d’automne, pièce décisive

  • Un dossier se lit en quelques minutes : il porte le projet en une page, la fabrication en une seconde, et les partenaires déjà acquis, qui valent mieux que toute argumentation.
  • Les pièces budgétaires doivent s’accorder entre elles, parce qu’un écart entre deux chiffres du même dossier se remarque et se retient.

Une part de l’année ne rapporte rien et se compte quand même. Les journées de repérage, de dossier, de rendez-vous et de réponse à un appel à projets occupent des semaines entières sans figurer sur le moindre contrat. Les compagnies qui tiennent dans la durée les inscrivent au calendrier au même titre que les représentations, parce qu’un travail invisible qui n’est pas provisionné finit par se prendre sur le temps de création, puis sur le repos.

À quoi tient une année décidée un an à l’avance ?

Une année tenue sans assurance réelle se reconnaît à ce qu’elle se décide toujours un an en avance, sur des papiers qui ne rapportent rien tout de suite. C’est le prix d’entrée du métier, et c’est aussi ce qui fait des conventions de coproduction la pièce la plus précieuse d’un dossier : elles prouvent que d’autres ont déjà décidé de croire à la création. Le reste s’apprend, et la légende sur la manière d’apprendre le métier de la rue suit ces chemins-là.

Le calendrier d’une compagnie de rue se lit sur deux colonnes : les mois de festivals, de mai à septembre, où les contrats se signent souvent un an plus tôt, et les mois d’hiver, consacrés à l’écriture, aux dossiers de subvention et à la relance des réseaux. La décision de l’année suivante tombe en général entre novembre et janvier, quand les programmateurs bouclent leurs saisons. Ce qui reste ensuite, ce sont des photographies de presse, des dossiers archivés et des traces de passages : pour en saisir la portée, lire les traces biographiques éclaire ce qu’une tournée laisse derrière elle.

Le calendrier d’une compagnie de rue se lit sur deux colonnes : les mois de festivals, où la trésorerie dépend de la recette au chapeau, et les mois creux, consacrés à l’écriture, aux dossiers de subvention et aux relances de réseaux. La décision de l’année suivante se prend souvent en janvier, quand les bilans de saison sont encore chauds et que les cachets d’hiver ne couvrent pas les répétitions. Comprendre ce que pèse une pièce dans la recette aide à fixer les jauges et les lieux. Sur ce point, l’histoire des monnaies de l’Union latine éclaire la valeur des pièces collectées.

Le calendrier d’une compagnie de rue se lit sur deux colonnes : les mois de festivals, où les contrats se signent six à dix mois plus tôt, et les hivers d’écriture, de dossiers et de relances. C’est souvent en janvier, quand les programmateurs bouclent leur saison, que l’année se décide, et une date obtenue en juillet se prépare dès le dépôt du dossier. Pour un terrain privé, une place, un pré ou une cour, la demande écrite et les pièces à fournir conditionnent la réponse : les délais d’une demande d’accès se comptent en semaines, pas en jours.