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Les Cousins · journal de pisteLe spectacle de rue, tenu par écrit

Chantier II · Aire de jeu

L’aire de jeu, dix mètres sur onze

Ce qu’implique une aire de jeu de dix mètres dégagée sur onze de hauteur : balisage, accroches, tenue du public et maîtrise du hors-champ.

Place de centre-ville vidée à l’aube, un technicien trace au sol à la bombe blanche un grand rectangle de dix mètres, mât de signalisation et fil de drapeaux tendu au-dessus.

Dix mètres dégagés sur onze de hauteur : le chiffre revient dans toutes les fiches de repérage du spectacle de rue, et il se lit trop souvent comme une formalité. Ce chantier prend le rectangle au sérieux : ce qu’il mesure, ce qui le coupe, ce qu’il coûte à la ville qui l’ouvre, et ce qu’il protège pour la forme qui y joue.

Le rectangle et ses marges

Le rectangle tracé au sol n’est jamais le rectangle joué. Il faut derrière la place des caisses et de la régie, au sol une bande où le public recule sans obstacle, au-dessus le volume entier jusqu’au dernier mètre. Une place qui donne la surface sans les marges contraint la forme à jouer sans réserve, et les gestes se raccourcissent d’eux-mêmes. La légende sur les dix mètres sur onze de haut suit un repérage de place, du sol au ciel, dans l’ordre où il se fait.

Ce qui vole, ce qui pend, ce qui traîne

La hauteur se mesure en regardant vers le haut, et c’est là que les places se perdent. Un fil de festonnage, une branche qui avance, une enseigne de boutique, un câble de télévision : chacun coupe le volume bien avant qu’une photo prise au niveau du sol le montre. Ce qui traîne compte autant : borne, banc, arrêt de bus, terrasse. Rien de tout cela n’interdit une date, mais chacun déplace le rectangle, et le déplacement se décide avant, pas le matin du montage.

Le public : premier décor

Les trois périmètres d’une aire de jeu, et celui qui les tient
PérimètreQui le tient
Cercle du jeu, le rectangle lui-mêmeLa forme, puis la voix du régisseur aux abords
Bande de sécurité autour du jeuLe balisage matériel, piges, cordon ou barrières selon le public
Cercle de la ville, circulations et commercesLa commune, par l’arrêté et l’agent présent sur place

Météo, sol, riverains

  • Le sol décide de trois choses à la fois : ce qui se porte, ce qui s’ancre, ce qui glisse. Un sol humide change une date autant qu’une pluie.
  • Les riverains ne sont pas un obstacle : un commerce ouvert apporte du public, une terrasse apporte des gradins naturels, à condition que l’accès reste libre.

Une fois les bords fixés, il faut les tenir, ce que la légende sur les balisages et périmètres traite du premier quart d’heure au salut. Ce chantier conclut sur une image : une aire de jeu bien née se reconnaît à ce que personne n’y pense pendant le spectacle, parce que la place a fait son travail avant.

Sur ce chantier

  1. Un sonneur de cor de chasse debout au bord d’une place pavée à l’aube, instrument incliné vers le ciel, façade en pierre à deux mètres derrière lui, lumière rasante et ombre longue sur les pavés.

    Cuivres et signaux dans l’espace public

    Portée du son d’un cor de chasse selon le vent et les façades, moments de la journée, ce qu’un instrument naturel impose à une place.

  2. En fin d’après-midi, une aire de jeu balisée à la craie sur une pelouse tondue, à l’ombre partielle d’un chêne, avec un praticable en bois posé sur deux plaques de répartition et, au premier plan, un râteau appuyé contre un seau.

    Jouer dans un jardin : sol, ombre et vivant

    Sol meuble, ombre portée, public assis sur l’herbe : ce que la faune et les plantations changent au balisage et à la conduite d’une forme de rue.

  3. Une place pavée en fin d’après-midi, un plan ancien imprimé posé sur une table pliante à côté d’un mètre ruban et d’une boussole, cadrage serré sur la feuille et les mains qui pointent un alignement de façade.

    Lire le plan d’une ville avant d’y jouer

    Échelles, noms de lieux, coupes et repères : ce qu’un plan ancien apprend encore sur une place où l’on joue aujourd’hui, et comment le lire.

  4. Petite table pliante recouverte d’une nappe sombre au bord d’une place, un jeu de tarot étalé en croix, une chaise vide face au côté du lecteur.

    La divination comme petite forme : une table de tarot sur la place

    Une nappe, deux chaises, un jeu de cartes : la plus petite aire de jeu du spectacle de rue tient dans un sac à dos, et elle remplit sa place autant qu’un cirque.

  5. Place de village au petit matin, un régisseur regarde le ciel en calculant, une ligne de nuages bas s’approche au-dessus des toits.

    Lire le ciel avant de jouer : la météo comme partenaire de l’aire

    Avant l’arrêté municipal et le balisage, le premier régisseur d’une petite forme de rue est le ciel du matin : il dit si la date se tient ou si elle se reporte.

  6. Trois gobelets retournés sur une petite table de foire, une main qui soulève le bonneteau, des passants penchés autour, jetons en bois alignés.

    Le hasard comme matériau : ce que les jeux apprennent à la rue

    Le bonneteau, les dés, les paris entre passants : le spectacle de rue a toujours joué avec le hasard, et les règles qui encadrent le jeu encadrent aussi le spectacle.

  7. Vitrine d’un bar de quartier couverte de flyers de soirées, un carnet ouvert posé sur le comptoir à côté d’une carte de la ville.

    Repérer les petites scènes d’une ville où l’on n’habite pas

    Une soirée de petite forme ne s’annonce pas sur les affiches de la gare : elle se lit dans les agendas de quartier, les devantures, les noms de bars qui reviennent.

  8. Sol de place municipale marqué à la peinture blanche d’un grand rectangle, un artiste en tenue de répétition marche le long du trait avec un décamètre en main.

    Dix mètres sur onze de haut : le rectangle et ses bords

    Le chiffon blanc tracé à la bombe le matin dit peu de choses du rectangle réel : il faut onze mètres de ciel, et des bords qui ne le sont pas vraiment.

  9. Début de représentation de rue en pleine lumière, un régisseur en gilet jaune tend le bras pour arrêter des piétons derrière un cordon de rubalise rouge et blanche.

    Balisages et périmètres : tenir le public hors du jeu

    La rue n’a pas de mur : le périmètre se joue, se négocie et se tient à la voix, et le bon balisage est celui qu’on ne remarque qu’au moment de le franchir.

Les chantiers voisins, En tournée et Métier de rue, ouvrent la même méthode depuis d’autres angles, et la façon dont chaque légende est tenue est écrite sur la page à propos.