Aller au contenu
Les Cousins · journal de pisteLe spectacle de rue, tenu par écrit

Chantier V · Coproduction

Monter un spectacle de veillée : la petite forme en séjour collectif

La veillée est le plus vieux format du spectacle improvisé : une salle de séjour, un public assis par terre, et une forme qui tient dans ce que l’équipe a apporté.

Salle de séjour d’un centre de vacances le soir, chaises et bancs en demi-cercle, deux interprètes devant un lampadaire d’appoint.

Le spectacle de veillée est la plus ancienne des petites formes : un groupe assis, une histoire ou un jeu, une soirée qui finit le séjour ou qui rythme la semaine. Pour la compagnie qui y est invitée, c’est une coproduction particulière : le centre fournit le lieu, le public et l’encadrement, la compagnie fournit la forme. Le carnet qui décrit ce cadre est Voyages Jeunes AVP, qui suit les veillées d’un séjour collectif comme il suit les repas et les journées : avec les règles d’encadrement qui font la différence entre une soirée et un programme.

Quelle forme de spectacle tient dans une veillée ?

La forme de veillée tient en trois contraintes : elle se joue assis ou debout dans une salle commune, elle se raconte autant qu’elle se montre, et elle finit à l’heure du coucher. Le texte importe plus que le geste, la voix porte sans micro, et le public est à un mètre. Ce que la rue demande en ouverture, la veillée le demande en intimité : la même économie de moyens, un autre rapport de distance.

Quel matériel son et lumière suffit pour une salle de séjour ?

La salle de séjour n’a ni régie ni plateau : le matériel se réduit à ce qui tient dans le camion léger ou le sac. Une lampe d’appoint pour le visage, un enregistreur ou un petit haut-parleur pour la musique d’entrée, et la voix pour tout le reste. La lumière de la salle suffit si la forme la prévoit ; la veillée qui demande un projecteur n’est plus une veillée, c’est une date en salle.

Ce que la veillée demande, ce que le centre fournit
Besoin de la formeCe que le centre apporte
Un espace dégagé, assis ou deboutLa salle de séjour vidée de ses tables
Un public présent et silencieuxLe groupe, l’horaire de la soirée
Un encadrement pendant le jeuL’équipe d’animation, diplômée et présente

Qui encadre les soirées pendant un accueil de mineurs ?

L’encadrement d’une veillée en séjour de mineurs n’est pas une option : c’est le cadre réglementaire de l’accueil. Le carnet le rappelle : l’équipe d’animation diplômée reste présente, le directeur engage sa déclaration, et la compagnie invitée joue sous ce cadre. Le portail jeunes.gouv.fr publie les règles des accueils collectifs de mineurs, déclaration, diplômes, effectifs ; c’est le document que le directeur applique et que la compagnie lit avant de dire oui. La compagnie n’a pas à gérer le public : c’est la différence avec la rue, et c’est ce qui rend la veillée reposante pour celui qui a l’habitude de tenir le cercle.

  • Le texte et la voix portent la veillée : le matériel se réduit à l’appoint.
  • L’encadrement reste celui du centre : la compagnie joue, l’équipe veille.
  • La fin se cale sur l’heure du coucher : la veillée n’a pas de rappel.

Le répertoire de la veillée se choisit pour le public du séjour : l’âge du groupe décide du texte autant que de la durée, et le séjour de douze ans ne supporte pas la même histoire que celui de seize. La compagnie qui accepte la veillée adapte sa forme au cadre de l’accueil : pas de lanière à la fin, pas de jeu qui sort du cadre de l’équipe, et un contenu relu avec le directeur avant la soirée. Cette adaptation n’est pas une censure : c’est le métier de la forme qui se plie au public qu’on lui donne.

La veillée comme coproduction

Le séjour qui invite une compagnie coproduit la soirée : il donne le lieu, le public, le cadre, et la compagnie donne la forme. La convention s’écrit comme une résidence courte : ce que le centre apporte, ce que la compagnie joue, et qui est responsable de quoi. La légende sur les apports et contreparties s’applique ici en miniature : la salle et le public sont l’apport, la veillée est la contrepartie.

La veillée dans le calendrier du séjour

La veillée se place dans le calendrier du séjour comme une date dans une tournée : la soirée de fin de séjour n’est pas la soirée du milieu de semaine, et la forme qui sert l’une ne sert pas l’autre. Le directeur qui invite la compagnie sait où la placer : la veillée du premier soir fait le groupe, celle du dernier fait la fête. La compagnie qui demande ce placement n’arrive pas jouer dans le vide : elle joue au moment où la soirée a un rôle.

Ce que la veillée apprend à la compagnie

Jouer en veillée apprend à la compagnie ce que la rue ne lui apprend pas : un public assis, une heure de fin fixe, un silence qui n’est pas celui de la place. C’est un autre métier de la même forme, et il se négocie avec le même sérieux : la convention, le cadre, le public mineur. La légende sur le 21 juin montre la petite forme dans la rue entière ; la veillée en est l’inverse, la forme entière dans une seule salle.