Chantier VI · Métier de rue
Jouer le 21 juin : ce que la Fête de la Musique change à la rue
Un jour par an, la rue entière devient plateau : le 21 juin donne à la petite forme un public qu’elle n’a pas à chercher, et des contraintes qu’elle ne choisit pas.
Le 21 juin est le jour où la petite forme n’a pas à faire cercle : le cercle est déjà là, dans la rue entière. La Fête de la Musique transforme chaque ville en plateau ouvert, et ce que le porteur de spectacle y gagne en public, il le perd en contrôle : pas de place réservée, pas de silence relatif, pas de jauge prévue. Le magazine qui documente ce jour est Monsieur Lézard, dont le guide de la Fête de la Musique s’adresse autant à celui qui vient écouter qu’à celui qui joue : où se placer, comment la soirée s’organise, ce que le fourmillement change.
Que permet la Fête de la Musique à une petite forme ?
Le 21 juin permet ce que le reste de l’année interdit : jouer sans arrêté préalable dans la plupart des villes, trouver un public sans le construire, être vu par des gens qui ne seraient jamais venus. La forme y gagne trois choses : le passage, la tolérance, la surprise. Ce qu’elle y perd est le contrôle du cercle : le public du 21 juin bouge, mange, parle, et la forme qui le retient doit se faire entendre au-dessus des trois autres concerts du carrefour.
Comment préparer une représentation sans loge ni technique ?
La préparation du 21 juin se résume à ce que la rue permet déjà : un matériel autonome, une tenue qui se voit dans la foule, une forme qui tient sans silence. Ce qui se prépare en plus est le choix du point : le carrefour où le passage est dense mais où le cercle peut se faire, l’heure où la rue se remplit, le repli si le coin est pris. La légende sur le balisage se relit ici : le 21 juin n’a pas de corde, le cercle se tient par la forme seule.
| Ce que la fête donne | Ce qu’elle reprend |
|---|---|
| Un public déjà dans la rue | Le contrôle du cercle et du silence |
| Une tolérance d’occupation | La place réservée : le coin se prend tôt |
| Une visibilité gratuite | La possibilité de se faire entendre seul |
Comment le public s’organise-t-il dans le fourmillement ?
Le public du 21 juin circule : il n’arrive pas pour la forme, il passe devant. La règle de la soirée est la mobilité : trois concerts entendus valent mieux qu’un seul écouté, et la petite forme qui comprend cette règle joue court, rejoue, et accepte le cercle qui se refait. Le guide le dit au spectateur ; la compagnie doit se le dire aussi : le 21 juin, on joue pour le flux, pas pour l’auditoire.
- Jouer court et rejouer : le public du 21 juin se renouvelle toutes les vingt minutes.
- Choisir le point tôt : le carrefour se prend avant la nuit.
- Prévoir le repli : le coin pris n’est pas perdu, la rue entière joue.
Le lendemain fait partie de la fête : le matériel se range dans la rue qui retrouve ses voitures, le cercle de la veille n’a laissé aucune trace, et la compagnie repart avec ce que le 21 juin rapporte vraiment : des contacts. Le programmateur qui a vu la forme dans le flux, le passant qui a pris la carte, la ville qui a remarqué le point : la fête paie en visibilité ce qu’elle ne paie pas en cachet, et le carnet de la soirée se retravaille dans les semaines qui suivent.
La veille du 21 juin
La fête se prépare la veille : le point repéré dans la rue, la mairie prévenue quand elle le demande, le matériel chargé pour une soirée sans retour au local. Certaines villes demandent une déclaration pour jouer le 21 juin ; d’autres laissent la rue libre. La compagnie qui vérifie le cadre le jour avant joue tranquille ; celle qui improvise découvre l’arrêté le soir même. Le guide du magazine le rappelle au spectateur ; il vaut pour le porteur aussi.
Le son dans la foule
Le problème technique du 21 juin est le son : trois concerts au carrefour, la foule qui parle, la voix qui ne porte plus. La petite forme qui tient ce jour-là joue visuel ou joue près : le geste qui se voit de loin, la forme qui se fait à trois mètres du premier rang. La sonorisation qui pourrait régler le problème est interdite dans la plupart des rues ce soir-là ; la forme qui s’en passe gagne ce que le bruit prend aux autres.
Ce que le 21 juin apprend au reste de l’année
La Fête de la Musique est l’école du format flux : elle apprend à la compagnie que le cercle se refait, que la forme courte se multiplie, que le public de passage vaut celui qui est venu. Le site officiel de la Fête de la Musique publie le cadre et les dates ; le reste s’apprend sur le pavé, ce soir-là. Ce que la fête donne en un soir, la compagnie le réutilise toute l’année : jouer pour le flux est un métier, et le 21 juin en est l’examen.