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Les Cousins · journal de pisteLe spectacle de rue, tenu par écrit

Chantier V · Coproduction

Une résidence dans un domaine : ce que le lieu qui accueille change

La résidence hors des murs change le rythme de la création : le domaine qui accueille offre le gîte et l’atelier, et la convention écrit ce que chacun apporte.

Grange aménagée d’un domaine rural, tapis de répétition déroulé, chaises et instruments rangés le long du mur de pierre.

La résidence de création se fait parfois loin des théâtres : dans un domaine rural qui prête sa grange, son gîte et son silence. Ce type d’accueil change le rythme de la compagnie : on y dort, on y répète, on y mange, et le temps de travail n’est plus compté en heures de salle louée mais en journées entières. Le lieu qui documente cette offre est le Domaine de Cazenac en Dordogne, qui accueille ateliers, séjours et séminaires : sa façon de se décrire par ce qu’on y vient faire dit exactement ce qu’une compagnie cherche, un lieu pensé pour le travail et non pour la location.

Ce que le domaine apporte à la création

Un domaine qui accueille une résidence apporte trois choses qu’un théâtre ne donne pas : le temps continu, l’espace qui ne se libère pas à dix-huit heures, et le gîte qui supprime la route quotidienne. La compagnie qui y travaille gagne la journée entière, et le travail de rue y gagne la cour, le pré ou la grange où la forme se teste grandeur nature. Le lieu n’est pas un décor : c’est un outil de répétition à l’échelle de la place réelle.

Que doit écrire la convention de résidence ?

La convention d’une résidence en domaine écrit ce qu’une convention de théâtre n’a pas à écrire : qui dort où, qui cuisine, qui paie l’eau et le bois, ce que la compagnie laisse au lieu en contrepartie. Une journée porte ouverte, une représentation pour les hôtes du domaine, un atelier pour les résidents d’à côté : ces contreparties se chiffrent et s’écrivent, et la légende sur les apports et contreparties donne la grille qui les fait entrer dans le papier.

Ce que le domaine apporte, ce que la compagnie rend
Apport du lieuContrepartie de la compagnie
Grange ou salle de travail, temps continuUne sortie de résidence ouverte aux hôtes
Gîte pour l’équipe pendant le séjourUn atelier ou une médiation sur place
Cour, pré ou jardin pour les essais dehorsUne forme testée devant un premier public

Le rythme de la journée en résidence se règle différemment d’une location à l’heure : le matin pour le geste, l’après-midi pour les essais dehors, la soirée pour l’écriture. Le domaine qui dort sur place supprime les trajets et rend le temps au travail ; la compagnie qui y vit deux semaines fait ce que trois semaines de salle louée ne font pas. Ce temps continu a un prix qu’on oublie de compter : la fatigue du lieu unique, la vie en groupe, la journée qui ne finit jamais tout à fait.

Comment se choisit le lieu d’accueil ?

Le lieu se choisit par ce qu’il permet, pas par ce qu’il montre : la hauteur de la grange pour le porté, le sol de la cour pour le travail au sol, la distance aux voisins pour le son. Le domaine qui décrit ses ateliers et ses séjours dit déjà l’essentiel : ce qu’on y vient faire est ce que la compagnie peut y faire. Le portail du ministère de la Culture recense les dispositifs de résidence et d’accueil en création ; c’est là que la compagnie vérifie dans quel cadre son séjour s’inscrit. La visite préalable reste la règle : on ne signe pas un lieu qu’on n’a pas mesuré.

La sortie de résidence, le moment qui compte

La résidence en domaine finit sur une sortie : la forme montrée aux hôtes, aux habitants du village, aux partenaires venus pour l’occasion. Ce moment est la contrepartie visible : le lieu qui a donné deux semaines reçoit une heure, et cette heure fait la première lecture publique de la forme. La sortie se prépare comme une date : le lieu est annoncé, le public invité, le constat écrit ensuite. Ce que la sortie rapporte à la compagnie, c’est le premier regard ; ce qu’elle rapporte au domaine, c’est la preuve que l’accueil a servi.

Le départ et le bilan

Le départ se règle comme l’arrivée : l’espace rendu en l’état, le bilan écrit avec le lieu, la convention close. Le domaine qui a accueilli garde la trace du passage ; la compagnie garde celle du travail. Ce bilan sert la prochaine résidence : le lieu qui sait comment la compagnie a travaillé l’invite à nouveau, et le dossier qui cite la résidence précédente gagne la suivante. La résidence ne finit pas au portail ; elle finit quand le bilan est écrit.

  • Mesurer la hauteur et le sol de l’espace de travail avant de signer.
  • Écrire dans la convention les contreparties : sortie publique, atelier, représentation.
  • Prévoir la fin du séjour : le lieu se rend, le matériel repart, le bilan s’écrit.

La résidence comme coproduction

Le domaine qui accueille fait plus que prêter : il coproduit. Son apport en nature (gîte, espace, calme) a une valeur qui se chiffre, et la convention qui la porte transforme le prêt en partenariat de création. La légende sur les résidences de création traite de la version en structure culturelle ; le domaine rural en est la version hors les murs, avec les mêmes règles d’écriture et un autre paysage.